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Carrières

Les affaires autochtones : une réalité plurielle d’importance pour l’État

Par Marc Rouillier, coordonnateur aux affaires autochtones

J’exerce principalement en affaires autochtones depuis plus de 24 ans au gouvernement, mais plus spécifiquement depuis cinq ans au MAMH, où les travaux liés à l’aménagement du territoire, notamment, sont susceptibles d’interpeller les nations autochtones. Les cinq dernières années m’ont amené à développer une expertise plus fine sur les questions d’agrandissement ou de création de réserves en terres privées. Dans le cadre de mon travail, je rencontre des défis fort stimulants : les camps autochtones, dans le domaine municipal, liés à la pratique accessoire d’activités traditionnelles des Premières Nations (chasse, pêche, cueillette de petits fruits, etc.), de même que l’obligation constitutionnelle de consulter les Autochtones, en sont de bons exemples.

Dès qu’il y a des négociations ou des échanges avec les Premières Nations et les Inuits (PNI), parfois complexes pour diverses raisons, je peux être appelé à analyser les enjeux variés et à donner mon avis, tout cela dans le respect de la gouvernance du monde municipal et du cadre législatif propre à ces entités. J’écoute, je traduis l’intention, je me documente, j’analyse, je fais des veilles informationnelles, et je désamorce des situations suscitant des inquiétudes pour les milieux en proposant des solutions hors des paramètres établis, en privilégiant fréquemment le dialogue. Avec mon réseau, je suis disponible pour soutenir les différents sous-ministériats et leur mission et pour favoriser la liaison auprès des autres coordonnateurs en affaires autochtones des divers ministères et organismes. Sur demande, je peux conseiller les administrations municipales sur les bonnes pratiques et offrir des solutions pour faire face aux enjeux, administratifs et médiatiques notamment, dans leur collaboration avec les PNI.

Cela dit, le coordonnateur aux affaires autochtones doit faire face au défi que représentent les enjeux liés aux compétences constitutionnelles, tout en s’arrimant avec la mission du Ministère. Mon travail, c’est donc notamment de contribuer au respect des droits de nos partenaires municipaux tout en tenant compte de ceux des PN. Si les « Indiens » et les terres réservées aux « Indiens » sont de compétence fédérale, le vivre-ensemble, la compatibilité des usages et la cohabitation harmonieuse sont l’affaire de toutes et tous. Évidemment, mon travail comporte aussi le suivi de divers dossiers avec la nation inuite, qui elle a des institutions municipales. Les directions régionales du MAMH sont d’importantes collaboratrices pour le coordonnateur.

Vous aurez compris qu’il s’agit d’un emploi comportant son lot de défis et de complexité. Il m’arrive d’être entre l’arbre et l’écorce, car je dois saisir les réalités des différentes parties prenantes, étant là pour le compte d’un ministère qui a pour mission de soutenir en premier lieu le monde municipal, mais saisissant d’autre part les réalités en jeu pour les PNI. Par ailleurs, je suis en contact quotidien avec le Secrétariat aux affaires autochtones, qui, lui, a pour responsabilité première d’assurer le lien entre les Autochtones et le gouvernement du Québec.

En affaires autochtones, il n’existe pas qu’une seule réalité, considérant la pluralité des nations, la spécificité de chaque collectivité, et la diversité des cultures et des langues ainsi que des réalités géographiques et territoriales. Au-delà de ces aspects pluriels, à mon sens, il faut être à l’aise avec les zones grises, parce qu’on doit considérer, dans le traitement des dossiers, des variables historiques, sociales, économiques, politiques, juridiques ou autres.

J’aime croire que le coordonnateur a un impact constructif réel sur la décision ministérielle en offrant un service-conseil spécialisé. Bref, mon travail au MAMH, c’est de faire une représentation juste des réalités autochtones aux autorités dans la prise de décision, dans le respect des politiques, des lois et des règlements qui nous gouvernent, et il s’agit d’un défi intellectuel fort stimulant.

Marc Rouillier, coordonnateur aux affaires autochtones